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Vient de paraître : L’information Géographique : Géomusique, vol. 81

mis à jour le 3 avril

Géomusique - Les figures d’attachement dans la géomusique.
Nicolas Canova, UMR Pacte , ENSAP de Lille, canovanicolas@yahoo.fr
Yves Raibaud, UMR 5319 Passages, Université Bordeaux Montaigne, yves.raibaud@cnrs.fr

L’approche des territoires par la géomusique questionne les imaginaires géographiques et ce que leur oppose la réalité mouvante des pratiques spatiales, tension dont les musiques apparaissent comme les géoindicateurs. Ce numéro de l’Info Géo emprunte à la sociologie du goût musical une réflexion préalable sur l’attachement ou le détachement des chercheurs.euses pour leur objet. Il s’intéresse ensuite à la notion d’attachement en psychologie comportementale pour laquelle les figures d’attachement construisent des bases pour explorer le monde. L’importation de ces thèmes en géographie pose la question de savoir où sont les musiques : sont-elles chôra ou topos (Berque, 2012) ?

Stéphane Aubinet montre le rôle créateur du joik dans la formation des territoires Sámi, peuple autochtone de l’Arctique, et sa capacité de rendre sonore l’attachement au monde plus-qu’humain afin de l’ explorer par la voix. Mélanie Nittis présente les chanteurs improvisateurs de Karpathos en mer Égée. Le glèndi est un rite pour les habitants qui réaffirment leur attachement au village, mais aussi pour la diaspora qui revient chaque été affirmer son appartenance à la communauté. Thierry Rougier recherche dans les mélodies et les paroles des cantadores, chansonniers-improvisateurs du Brésil un sentiment réputé intraduisible, propre à l’espace lusophone. La saudade, à la fois solitude et mélancolie, évoque la distance, l’absence et le désir de retrouver les lieux. Florence Lethurgez présente le parcours des musiciennes japonaises qui viennent étudier la composition en France. L’enseignement de la musique contemporaine en France est fondée sur l’autonomie de la création musicale et donc sur la déterritorialisation. La tradition musicale du pays d’origine peut être pour elles tantôt un héritage gênant, tantôt une ressource. Alia Benabdellah décrit la mondialisation des musiques technos noires de Detroit, nées dans cette ville industrielle marquée par les luttes pour les droits civiques dans les années 1960. La techno noire est toujours active et familière aux habitants de la ville. Elle participe à l’attachement des habitants à Detroit, alors que la ville se relève d’une grave crise économique. Séverin Guillard questionne le rapport au territoire de deux groupes de rap, un d’Atlanta, l’autre de Lille. L’authenticité de l’ancrage local des groupes de rap serait une construction, relative aux enjeux interne du genre. Les envisager sous cet angle ouvrirait un nouveau domaine, l’analyse des espaces de la production musicale.

L’information géographique, Vol. 81 - 1/2017 - Armand Colin