Rechercher




Accueil > Laboratoire > Doctorants > Thèses 2018

Soutenance Amir Ouzerdine, 5 novembre

mis à jour le 24 octobre 2018

Amir Ouzerdine soutiendra sa thèse le lundi 5 novembre à 14 h à la Maison des Suds (amphithéâtre). Sa thèse est intitulée : Le relogement à Annaba : un paradoxe entre normes, politiques d’aménagement et réalités urbaines.

Membres du jury :
- Mme Corinne Sino, Professeur des Universités, Université Toulouse 2 Jean Jaurès
- M. Yankel Fijalkow (rapporteurs), Professeur des Universités, Ecole d’Architecture Paris Val-de-Seine (ENSAPVS)
- M. Jean-Pierre Augustin, Professeur émérite, Université Bordeaux-Montaigne
- M. Roméo Carabelli, Docteur Expert, Université Tours François Rabelais
- M Michel Favory (directeur de thèse), Professeur émérite, Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux

Résumé :
Annaba, terrain de conflit entre ville réelle et ville projetée
Quatrième ville d’Algérie, métropole régionale, la ville de Annaba offre une figure très affirmée, unique en genre par son histoire riche et surtout sa localisation géostratégique. Son urbanisation riche et complexe puise sa morphologie d’un long parcours historique. Aujourd’hui, Annaba désobéit au schéma d’une ville classique et offre une nouvelle figure qui se fabrique loin de ses bases traditionnelles et dans ses périphéries les plus lointaines. Elle est de plus en plus diffuse et éclatée. Toutefois certains quartiers précaires, illicites et surtout son centre restent nettement attachés à des parties de la ville « mère ». Ces entités présentent des problématiques diverses et entravent l’évolution de la ville.

La prise en compte du relogement par les aménageurs intervient rapidement dans la croissance de la ville de Annaba. Des programmes audacieux forgent une nouvelle image contrastée de la ville comme un terrain d’expérimentation, un recueil de l’histoire du logement composé de ruptures intervenant entre des innovations, des reproductions, des modèles parfois dépassés et amnésies. Ainsi, les programmes de logement et de relogement offrent des visages différents selon les périodes et les politiques adoptés. Les réalisations des différents projets de logement social semblent prendre comme objectif l’aménagement urbain dans son ensemble à la recherche d’un résultat plutôt quantitatif que qualitatif aux problèmes recensés. Tandis que la prise en compte du mieux-être, des pratiques (spatiales et sociales) et des revendications des habitants semble un accessoire servant seulement à apaiser les tensions sociales. Le transfert timide et progressif des compétences en matière d’habitat social vers le secteur privé qui s’implique un peu plus chaque jour dans la construction des nouvelles cités en est une illustration pertinente et édifiante.

Le relogement à Annaba : une confrontation entre politiques d’aménagement et réalités urbaines

En amont, identifier la politique de (re) logement à Annaba, renvoie à la nécessité de définir le rôle des acteurs publics dans la fabrication de la ville et ses espaces. Un jeu d’acteurs qui s’avère complexe et qui relève plusieurs intervenants, aux pouvoirs inégaux, contribuant à la production de la ville. Face à un urbanisme plutôt fort, affichant un volontarisme étatique, les stratégies de l’habitat et les politiques de (re) logement ont introduit une rupture et un décalage dans le mode de fabriquer la ville et son développement. Les acteurs publics se sont imposés pour la modeler et sont de ce fait les premiers responsables non seulement de son organisation matérielle mais aussi de sa morphologie sociale, sans pour autant prendre en compte les particularités des espaces existants et leurs pratiques singulières. En effet, la recomposition de ces territoires algériens urbains, centraux et périphériques sont soumises à des normes d’habitation et à des règles d’urbanisme, qui ont une dimension universelle, et qui s’appliquent à l’ensemble des tissus urbains. Ces normes et ces règles visent à la réalisation d’une part, de lotissements d’habitat individuel et d’autre part de zones d’habitat collectif pour répondre à une crise de logement et reloger les habitants des tissus anciens insalubres et dégradés. Les politiques d’aménagement entreprises jusque-là ont pour seul objectif la recherche d’un profit immédiat. L’observation des modes d’habiter et de l’architecture traditionnelle, parfois assez sensible, n’est pas vraiment prise en compte dans tous les programmes élaborés. Il ne semble pas exister dans les textes réglementaires de volonté de prendre en compte les particularités urbaines, or la plus part des grandes villes algériennes possèdent des tissus urbains particuliers dont la morphologie, la typologie et les pratiques ne se conforment pas à celle du lotissement ou des ensembles collectifs.

En aval, développer la réalité de la « ville vécue » engage à accepter que la fabrique urbaine englobe l’intervention d’un long mouvement d’acteurs privés, d’exécutants économiques, et même de citadins ordinaires. Le processus de production de l’espace urbain à travers les cités de relogement est complexe et que d’autres acteurs relégués au second plan, ont la compétence et la capacité à (re) façonner, à (re) modeler et (re) qualifier l’espace urbain. Reste à analyser comment les habitants relogés pratiquent, s’approprient, et se représentent les espaces conçus par les décideurs. Le relogement des populations et l’accès à un logement salubre, entraînent inéluctablement des bouleversements dans la vie des relogés. Encadrés par les aménageurs, les mal-logés se transforment en bien-logés. Changeant d’horizon spatial, parfois social, ces citadins reformulent leurs manières de voir la ville, mais détournent une opération d’urbanisme unilatéralement échafaudée par les aménageurs. Derrière toute cette expression architecturale et/ou urbaine, individuelle et/ou collective, sous forme de réponse spatiale et/ou sociale, se cache les particularités d’un tissu traditionnel qui perd de son efficacité, de son apport, ainsi que son identité. Les habitants essaient toujours tant bien que mal de reproduire certaines pratiques essentiellement issues de la médina traditionnelle, autre fois centre de vie sociale important. Les pratiques de réappropriation de l’habitat et de réutilisation de l’espace public, extrêmement variées, résultent des capacités de création et d’interventions des habitants, capacités ou compétences qui leur permettent de s’adapter à une nouvelle situation. Les modalités d’adaptation ou de négociation par rapport à un contexte plus difficile sont propres à chaque famille ; et en cela, la reconstitution des itinéraires résidentiels et des histoires de vie différenciées, fait en partie apparaître la multiplicité des expériences, reformulées et renouvelées. Reste à savoir les conséquences de ces nouvelles formes de réponses sociales sur la nouvelle cité et son aspect urbain.