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Soutenance Myriam Casamayor-Mongay, 7 janvier

mis à jour le 19 décembre 2018

Myriam Casamayor-Mongay soutiendra sa thèse le lundi 7 janvier à 14 h à la Maison des Suds (amphithéâtre). Sa thèse est intitulée : "La planification du littoral aquitain L’héritage de la MIACA à l’épreuve du temps".

Membres du jury :
- Mme Mayté Banzo, Professeur des Universités, Université Bordeaux Montaigne
- Mme Bénédicte Duluc, Chargé de Mission, Littoral Aquitain (GIP)
- M. Gilles Ragot, Professeur des Universités, Université Bordeaux Montaigne
- M. Olivier Ratouis, Professeur des Universités, Université Paris Ouest Nanterre la Défense
- Mme Dominique Rouillard, Professeur HDR, Ecole Nationale Supérieur Architecture
- M. Bruno-Henri Vayssière, Professeur des Universités, Université de Savoie Mont Blanc

Résumé :
La planification territoriale évolue dans sa pratique. En effet, de la gestion de l’usage des sols exclusivement menée par l’Etat central, elle intègre une dimension plus stratégique et partenariale. Cela s’explique en raison de l’apparition des collectivités nouvellement compétentes en matière d’urbanisme au fil des différentes réformes de la décentralisation de 1983,1985 et 2015.

Cinquante ans après la première planification par la Mission Interministérielle pour l’Aménagement de la Côte Aquitaine (MIACA), dont l’objectif a été de développer le tourisme pour le plus grand nombre, et en tenant compte de l’élaboration actuelle d’un document stratégique par la Région Nouvelle-Aquitaine (SRADDET), il a paru intéressant d’investir le sujet des visions pour le littoral de l’ex-Aquitaine. Elles se définissent par les trajectoires de développement préférables d’une sélection de techniciens et d’élus de cet espace. Afin de les caractériser, la recherche de valeurs pour le littoral aquitain par des membres du GIP Littoral Aquitain a semblé être une piste intéressante. Plus précisément, il est retenu comme définition des valeurs, les représentations sociales indiquant les éléments de l’histoire à conserver ou au contraire à rejeter pour l’avenir.

La contribution de cette thèse a ainsi pour but de comprendre ce qui importe aux acteurs publics du littoral ex-Aquitaine de transmettre aux générations futures. Pour y parvenir, elle vise à s’interroger sur le processus par lequel un objet historique perdure ou non dans la période contemporaine grâce aux notions d’héritage et d’hérédité inspirées de Patrick Geddes. Ces dernières contribuent, en effet, à expliquer la posture active ou plus passive des élus vis-à-vis de l’évolution de la planification et des réalisations de la MIACA. Elles sont distinguables soit par leur volonté de décider (héritage) soit au contraire par leur non prise de décision (hérédité) à l’égard de l’avenir de ces objets historiques.

Ces derniers font généralement l’objet d’une identification, d’une conservation, d’une transmission ou encore d’une valorisation architecturale ou patrimoniale. Cependant, ne pourraient-ils pas également offrir de nouvelles vocations ? Ce travail teste alors l’hypothèse que les objets de l’Histoire tels que la planification territoriale de la MIACA, puissent servir d’outil d’aide à la décision, dans notre cas, comme le support d’une définition d’une vision pour le littoral aquitain.

Pour y parvenir, cette recherche s’appuie particulièrement sur les effets du modèle d’aménagement touristique de la MIACA qui s’étend de 1967 jusqu’à l’organisation actuelle du littoral aquitain en 2017. En outre, les actions menées par les membres du GIP Littoral Aquitain, incarnant une gouvernance devenue plus complexe depuis les lois de décentralisation, enrichissent également le propos.

Concrètement, afin de mettre en avant les valeurs pour le littoral aquitain d’une sélection de techniciens et d’élus membres du GIP Littoral Aquitain, il s’agit d’une part de mettre en débat les différentes représentations sociales de ces acteurs publics. D’autre part, les gestions de la planification de la MIACA par les élus à l’échelle communale et l’évaluation de leurs effets à l’échelle régionale sont étudiées. Concernant l’échelle communale, cinq sites (Carcans-Maubuisson, Le Porge, Capbreton, Ondres et Hendaye) ont été analysés à partir des discours justifiant de la transmission ou non des objets de la MIACA et de l’évolution des décisions prises dans le cadre des documents d’urbanisme par une comparaison des POS et des PLU.
Il en résulte de cette recherche différents résultats.

Il est tout d’abord constaté la nécessité de mener une planification territoriale sur la durée, organisant les pratiques balnéaires, dans l’optique de conserver une singularité du lieu.

Ensuite, il a été révélé l’identification d’un modèle d’aménagement touristique de bord de mer au regard de l’étude de deux Missions, la Mission d’aménagement du Languedoc-Roussillon et la MIACA. En effet, il en est ressorti un transfert du modèle des villes nouvelles sur l’espace littoral. Cependant, bien que les principes d’aménagement soient similaires, notamment l’alternance entre des secteurs à urbaniser et d’autres à préserver, il n’en demeure pas moins qu’il existe une réinterprétation locale de ce modèle renvoyant à des effets distincts sur le territoire.
Puis, la transformation de la pratique de la planification, passant d’une vocation spatiale à une visée plus stratégique, met en avant les différentes voix des collectivités et des services de l’Etat depuis les réformes de la décentralisation. Le choix du GIP Littoral Aquitain d’une approche plus sectorielle des problématiques ainsi que des projets plus localisés par le renouvellement urbain des stations balnéaires marque une nouvelle pratique de la planification. Malgré ses efforts pour créer les conditions favorables à une vision d’ensemble du littoral aquitain, les membres du groupement peinent à porter une vision régionale de l’organisation de l’espace au profit d’un intérêt plus affirmé pour l’échelle locale.

Il découle de la mise en débat des valeurs pour le littoral aquitain, une attention conjointe des personnes questionnées concernant la nécessité de doter la gouvernance du littoral aquitain d’une vision commune. En outre, la protection de l’environnement représente également une valeur à défendre pour les acteurs. De plus, ces derniers s’accordent à ne plus résonner dans une logique de station balnéaire, caractérisée uniquement par le développement du tourisme et marquée par la saisonnalité. A présent, ils semblent conscients d’inscrire la réflexion urbanistique de leur territoire dans une logique de gestion des pratiques balnéaires qui sont changeantes tout au long de l’année. En revanche, le manque de partage d’une définition commune de l’aménagement durable des stations entraîne une confusion dans la cohérence globale des valeurs pour le littoral aquitain. De plus, la question du statut accordé au modèle d’aménagement touristique de la MIACA semble partagée entre la volonté de valoriser l’objet de la MIACA dans une démarche patrimoniale et le reléguer au rang d’une simple étape de l’histoire de l’aménagement du littoral aquitain.
Ensuite, l’étude de ce qui importe aux acteurs de transmettre de l’histoire de l’aménagement de la MIACA aux générations futures, au travers de la gestion actuelles des sites de la MIACA, nous informe de la volonté des élus de s’inscrire en rupture ou au contraire en continuité avec les orientations d’aménagement de la MIACA. En effet, un premier type de gestion se caractérise par une prise de position des élus portant sur le choix d’orientation d’aménagement de trois sites d’études. Pour Carcans- Maubuisson, il a été remarqué un faible soutien vis-à-vis du développement du tourisme social. Pour les communes du Porge et d’Ondres, les élus ont souhaité s’appuyer sur les espaces naturels, agricoles et forestiers afin de fonder une politique de conservation de la biodiversité (Le Porge) ou développer le tourisme selon une démarche de développement durable (Ondres). Selon Patrick Geddes, ces formes de gestion ont été théorisées sous le nom d’un héritage à comprendre comme un processus décisionnel relevant de la volonté des élus de décider d’un projet pour des objets provenant d’une période précédente.

En contrepartie, un second type de gestion intitulé dans la thèse « la non-action » met en avant la transmission d’objets provenant du passé sans que les élus aient pris de décision à leur sujet. Les ZAC de Capbreton sont concernées dans la mesure où il semble que ces dernières ayant été créées à l’initiative de l’Etat central, n’ont pas fait l’objet d’une clôture de la ZAC par les collectivités après la décentralisation. Ainsi, une forme de déni de la part de la Commune en ayant désormais la charge est consentie dans la mesure où les ZAC n’auraient pas fait l’objet d’une véritable transmission de leur gestion après leur création. Autrement dit les ZAC n’ont pas être pris en charge par la commune de Capbreton parce qu’il n’a pas paru naturel de s’en préoccuper dans la mesure où elles ont été initiées par l’Etat central. Ainsi, les réalisations perdurent sans que les élus ne prennent de décision à leur sujet. Enfin, les élus d’Hendaye ne paraissent pas avoir fait de choix précis concernant le développement du port de Sokoburu. En effet, il s’enrichit de nouveaux projets économiques tout en restant dans le même esprit que la MIACA. Ces deux dernières gestions sont considérées comme des hérédités dans le sens où il n’y a pas eu de choix particulier de la part des élus dans le développement des sites.

Puis, les répercussions des décisions locales à l’échelle régionale ont été traduites sous la forme d’une représentation cartographique de la tache urbaine évoquant trois périodes d’aménagement successives du littoral aquitain depuis 1945 à 2014. Il a alors été identifié à partir de l’an 2000 un développement de l’urbanisation en dehors des secteurs conseillés par le modèle de la MIACA. En effet, bien que la loi Littoral prévoie un principe de coupure de l’urbanisation en vue de limiter celle-ci dans ces zones, ces dernières représentent un périmètre nettement moins important que les secteurs d’équilibre naturel (SEN) suggérés par la MIACA. Ainsi, ceux-ci s’urbanisent à mesure que le besoin en développement de chacune des communes du littoral aquitain se fait ressentir. Pour autant, il ne s’agit pas d’ouvrir à l’urbanisation le nombre d’hectares souhaité par les élus mais de trouver une entente commune avec les services de l’Etat afin de proposer une surface raisonnable à urbaniser à l’échelle de la commune (Le Porge), de l’intercommunalité ou du territoire du SCOT. De plus, les cartes mettent également en avant le manque d’application de la loi Littoral dans certaines situations. Ainsi, l’apparition de nouvelles formes urbaines en dehors des villages et bourgs existants (hameaux et bâtis isolés) éveille alors la crainte d’affaiblir l’urbanité de ces zones et ainsi concourir à une banalité des lieux. Ce constat s’explique par la lente application de la loi Littoral par les services de l’Etat apparaissant qu’à partir de l’an 2000. Il est également possible de penser que l’absence de débat concernant les représentations sociales des valeurs pour le littoral aquitain des membres du GIP Littoral Aquitain ne permette pas non plus la formulation d’une vision commune et adaptée de l’aménagement du littoral aquitain. Pour commencer, l’existence d’une coordination entre les services de l’Etat départementaux et à l’échelle régionale permettrait peut-être une entente sur les choix à opérer pour une meilleure cohérence territoriale.

Enfin, il est ressorti de cette analyse que le modèle d’aménagement touristique de la MIACA en tant qu’exemple de planification spatiale ainsi que les règles de la loi Littoral ne suffisent pas aujourd’hui à planifier un territoire. En effet, ces derniers ne préviennent pas l’urbanisation désordonnée à l’échelle du littoral aquitain. La gouvernance devenant trop complexe ne permet pas, au travers d’un plan et de règles, d’adapter les aménagements d’un territoire en fonction de la demande sociale et des pratiques des usagers, des lieux et de la temporalité pendant laquelle les activités se déroulent. Néanmoins, la vision d’un territoire apparaît intéressante à conserver dans la mesure où elle oblige les acteurs à s’entendre sur des valeurs communes pour développer ensemble le territoire.

Une alternative à la planification spatiale ou encore stratégique et partenariale est alors proposée à la fin de cette thèse en vue d’émettre des préconisations.