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Soutenance de thèse : Philippe Baumert, 10 juillet

vendredi 21 juin 2019, par Marie-Bernadette DARIGNAC

Philippe Baumert soutiendra sa thèse intitulée : "Territoires, paysages et sociétés du vin de Porto. Géographie d’une mondialisation" le mercredi 10 juillet à la Maison de la Recherche (salle des thèses 001) à Pessac.

Membres du jury :

  • M. Fernando Bianchi de Aguiar, Expert invité, Univ. Tras-os-Montes e Alto Duro
  • M. Gilles de Revel, Professeur des Universités, Université de Bordeaux
  • M. François Legouy, Professeur des Universités, Université Paris 8 et Université Vincennes
  • Mme Sophie Lignon-Darmaillac, Maître de conférences HDR, Université Paris 4 Paris-Sorbonne
  • M. Louis Marrou, Professeur des Universités, Université La Rochelle
  • M. Philippe Roudié, Expert invité, Université Bordeaux Montaigne
  • Mme Hélène Velasco-Graciet, Professeur des Universités, Université Bordeaux Montaigne

Résumé :
Le vin de Porto est un vin généreux portugais, c’est-à-dire un vin muté par adjonction d’eau-de-vie au cours du processus de vinification, ce qui lui confère un titre alcoométrique relativement élevé, compris entre 16.5 et 22 degrés. Il fait partie de ces vins qui, par le succès et la renommée qu’ils ont acquis à l’exportation depuis des siècles, sont susceptibles de porter très haut les couleurs de la production viti-vinicole d’un pays à l’international. Vin dont le terroir de production a fait l’objet très précocement, dès le milieu du 18e siècle, d’une délimitation ainsi que d’une réglementation très précise et stricte, le Porto est aujourd’hui exporté dans plus d’une centaine de pays au monde. L’objectif de cette thèse est d’apporter une contribution aux études de géographie de la vigne et du vin du monde méditerranéen en répondant aux questions suivantes :
- Où se sont construits les premiers territoires du vin de Porto ? Comment ces derniers ont-ils évolué au cours des différentes phases de la mondialisation et selon quelles logiques ?
- Comment expliquer la précoce diffusion (dès l’époque Moderne) du vin de Porto sur le globe et, sur un temps plus long, son succès durable auprès des consommateurs à l’échelle internationale ? Comment analyser, plus particulièrement, le « goût anglais » pour le vin de Porto ainsi que le grand succès que connaît le vin de Porto sur les marchés français et portugais à partir de la seconde moitié du 20e siècle ?
- Comment comprendre la très nette évolution à la baisse des exportations depuis le début du 21e siècle ? Assiste-t-on désormais à une nouvelle crise de la « planète du vin de Porto » après quasiment un demi-siècle de croissance moyenne des volumes exportés ? Ou doit-on plutôt interpréter cette chute de la courbe des exportations comme l’évolution vers une certaine forme de modernité en matière de consommation ?
- Comment les différents acteurs de la filière font-ils face aux défis suscités par la mondialisation de la sphère viti-vinicole et les nouvelles pratiques des consommateurs ? Quelle est la place des territoires et des paysages dans les réponses qu’ils apportent ?
- La filière « vin de Porto » et les représentations associées à ce vin peuvent-elles être considérées comme de véritables leviers de compétitivité et de développement territorial dans le cadre de la mondialisation ?
- Que peuvent révéler les récentes évolutions de l’organisation de la filière et des pratiques de consommation sur la société portugaise ?
Pour répondre à ces éléments de problématique, différentes hypothèses de recherche sont formulées :
Hypothèse 1 : Les premiers territoires de production du « vin de Porto » sont à rechercher dans les espaces polarisés par les monastères, envisagés comme des sociétés religieuses disposant de la volonté, du foncier nécessaire, des moyens techniques et des ressources humaines suffisantes pour mettre en place la culture de la vigne au sein de la vallée du Douro. Cette production pourrait avoir commencé dès le 11e siècle étant donné que la « Reconquête » chrétienne du Portugal débuta par la région de Lamego, en 1064. Il existerait ainsi bien un « vin de Porto » d’avant les Anglais, né de la demande intérieure et non du commerce international.
Hypothèse 2 : Le processus de libre transfert des droits de plantation, appliqué au Portugal sur la période 2000-2018, a eu pour impact une augmentation des superficies plantées en vignes dans le Haut-Douro viticole du fait de son caractère attractif à l’échelle du Portugal. Il contribue au caractère de front pionnier du Douro Superior, qui est la partie la plus orientale du vignoble de la Région Délimitée du Douro.
Hypothèse 3 : Le succès durable du vin de Porto à l’échelle internationale s’explique avant tout par le contrôle territorial précoce et exigeant mis en place dès le milieu du 18e siècle par les autorités portugaises pour surveiller la production et les exportations de vin de Porto, permettant ainsi de répondre progressivement au « goût anglais du vin de Porto ». La géopolitique, les choix politiques et les stratégies d’acteurs sont à l’origine de la diversification des marchés.
Hypothèse 4 : La nette évolution à la baisse des exportations de vin de Porto depuis le début du 21e siècle n’est pas pour autant synonyme de crise grave et profonde pour la filière « vin de Porto ». Sans pour autant négliger les difficultés d’une partie des acteurs de la filière à s’adapter aux valeurs du consommateur post-moderne, la diminution des volumes commercialisés peut aussi être lue (au moins en partie) comme la marque d’une adaptation des producteurs à de nouveaux types de consommateurs en quête de nouvelles sensations et désireux de boire moins de vins mais des vins de meilleure qualité. Ce qui signifie ainsi que la production de vins de Porto sans mention particulière (Porto « courant ») diminue, que celle de catégories spéciales (Porto « de qualité ») augmente, que de nouvelles catégories apparaissent sur les marchés… Le développement des vins de Porto de quinta à partir de la seconde moitié des années 1980 ou encore la forte croissance de l’œnotourisme à partir des années 2000, permettant justement aux consommateurs ce retour au terroir, apparaît ainsi en ce sens comme une réelle opportunité pour les producteurs-embouteilleurs et les négociants. Par ailleurs, il est essentiel de ne pas penser uniquement les vins de Porto sans les autres vins du Douro. En effet, le DOC Douro pourrait bien être aussi l’autre grand vin stratégique du Douro, aux côtés du vin de Porto, sur lequel négociants et producteurs-embouteilleurs se concentrent désormais également.
Hypothèse 5  : Les transformations recomposant actuellement le système territorial du vin de Porto sont autant d’opportunités permettant d’ériger le vin comme levier de compétitivité et de développement territorial à différentes échelles (Portugal, Région Nord, agglomération de Porto, Région Délimitée du Douro). Le prestige qui est associé au vin de Porto apparaît ainsi comme un formidable atout pour le Portugal dans l’environnement concurrentiel de la mondialisation. En ce sens, le vin de Porto peut être considéré comme un produit culturel à haute valeur ajoutée. La valorisation patrimoniale et œnotouristique qui est actuellement réalisée dans les lieux de production en témoigne.
Hypothèse 6 : La compréhension de l’organisation de la filière du vin de Porto et ses évolutions récentes dans le cadre de la mondialisation sont susceptibles de permettre de saisir, au moins en partie, les rapports complexes entretenus par la société portugaise à ce processus, entre tradition et adaptation à la modernité. Il en va de même de l’évolution des pratiques de consommation de ce vin généreux portugais.