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Soutenance de thèse Chambelland Benjamin

8 novembre 2019

Une gestion jardinière des paysages. Le « parc des Coteaux » en recherche et en projet : expérimentation, retours réflexifs et propositions d’actions sur la rive droite de Bordeaux

Résumé :

La notion de « gestion jardinière des paysages » est au cœur de cette thèse. Il s’agit ici de proposer un principe d’action visant à renouveler le projet de paysage et ses pratiques. Ce principe d’action s’inscrit à un moment-charnière où les pratiques paysagistes sont confrontées à la nécessité de mettre en œuvre dans un cadre démocratique une gestion environnementale des territoires. Il a pour objectif de prendre en compte toute la complexité des interrelations sociales, écologiques, politiques et économiques propres à la conduite des projets de paysage, ainsi que leurs imbrications. Il s’agit notamment de conscientiser les dynamiques à l’œuvre et de mesurer les effets du temps sur le processus de projet en lien avec l’incertitudes des « inter-retro-actions » (Edgard Morin) qui en émanent. À travers cela, il s’agit également d’être en capacité de clarifier les valeurs et les stratégies éthiques à mobiliser au quotidien et dans la durée, dans la conduite d’un projet de paysage.

Aux sources de travail, il y a une convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE). Pendant trois ans[1], j’ai travaillé au sein d’un groupement d’intérêt public composé de quatre communes situées sur la « rive droite »[2] de la métropole de Bordeaux : le Grand Projet des Villes Rive Droite (GPV). Mon rôle a consisté à mener un projet de paysage orienté vers l’accompagnement de l’évolution des pratiques de jardinage concernant un ensemble de parcs publics/privés, nommé le « parc des Coteaux » (240 ha). Ce projet de paysage a pris forme dans le cadre d’un processus de coopération impliquant les jardiniers des villes, mais également, des élus, des responsables de services, des chargés de projets des villes et du GPV, des paysagistes, des urbanistes, des écologues, des habitants et des « usagers ». Ce processus de coopération a pris pour nom le Laboratoire du parc des Coteaux ; le parcLAB.

Le parcLAB a pour objectif principal l’amélioration collective de la gestion de ce grand parc urbain, en lien avec la prise en compte de ses qualités écologiques et des usages qui y prennent place. Cette gestion fut initialement considérée comme un outil de réorganisation des composantes spatiales du parc, mais sa mise en pratique a rapidement révélé l’importance des interactions sociales et culturelles liées à la diversité des acteurs de cette gestion. Ces interactions ont notamment eu des conséquences sur la stabilité et la pérennité de ce projet en lien avec des enjeux humains, politiques, techniques et économiques. Ce constat fait en cours d’expérimentation m’a incité à porter une attention particulière à une modalité de l’action paysagère située à la croisée de ces différents enjeux dénommée la « gestion des paysages ».

Le retour réflexif sur les conditions même de cette expérience conduite pendant trois ans (2015-2018) – elle-même issue de ma participation à l’émergence de cette dynamique collective trois ans auparavant (2013-2015)[3] – m’a conduit à formuler l’hypothèse d’une gestion jardinière des paysages, dont je présente et mets en débat les principes et les orientations. Cette gestion jardinière des paysages se situe à l’intersection entre l’idée d’un jardinage planétaire compris comme principe de « coopération avec la nature » (Clément, 2011) et l’idée d’un paysage identifié comme un champ politique ouvert aux initiatives locales fondées sur la coopération, le mutualisme et la médiation entre des acteurs humains ou non, vivants ou matériels (Callon, 1986 ; Latour, 1987 ; Law, 1994 ; Vinck 2009). Elle permet d’interroger les référents éthiques sous-jacents aux pratiques paysagistes et de les mettre en perspectives. Plus pratiquement, elle se propose de relier les modalités d’action élaborées à l’échelle des « grands paysages » (Pernet, 2014) avec celles mises en place dans les parcs et les jardins. Elle tire parti des travaux scientifiques déjà menés en ces domaines et s’enrichit d’explorations théoriques et pratiques menés dans d’autres domaines disciplinaires : en écologie, en sociologie, en philosophie et dans les sciences de gestion. La réflexion se situe donc ici résolument à la croisée du monde de la recherche en paysage et de celui de l’action en ce domaine.

L’entrée paysagère est donc à la base de la démarche mise en œuvre. Elle a consisté à proposer un processus de coopération impliquant les jardiniers des villes, mais également, des élus, des responsables de services, des chargés de projets des villes et du GPV, des paysagistes, des urbanistes, des écologues, des habitants et des « usagers ». Dans ce contexte, il m’a été possible de mettre à l’épreuve des modalités de projet de paysage fondées sur la construction de relations humaines au long court. Pour cela, j’ai mis en place une démarche visant à vivre une « expérience paysagère » (Pernet, 2014). Un travail d’enquête ethnographique a été mené afin de « se frotter en chair et en os à la réalité étudiée » (Olivier de Sardan, 2007 ; 3). Mon implication quotidienne dans l’action a ainsi favorisé l’émergence de liens relationnels avec les jardiniers, les responsables de services, une part des élus communaux, des chargés de projets des villes et des autres collectivités locales (Bordeaux Métropole, Département de la Gironde, Région Nouvelle Aquitaine), des membres d’associations, des habitants et d’autres usagers du parc. Fort de ce positionnement impliqué, j’ai pu vivre au quotidien la complexité des dynamiques humaines, mais également écologiques, techniques, temporelles et spatiales, pouvant tout autant se situer à l’échelle des parcs et des jardins que de celle de grands paysages. En rendant compte de cela, j’ai ainsi pu montrer la nécessité de faire évoluer nos manières d’être et d’agir dans la conduite des projets de paysage et de proposer le jardinage comme paradigme d’action.

Ce travail de recherche m’a permis de mettre en avant en quoi la gestion des paysages constitue un moyen d’agir face à la complexité et à l’incertitude des dynamiques paysagères à l’œuvre. Néanmoins, j’ai également évoqué les difficultés actuelles à développer sereinement et dans la durée ce processus de gestion collectif dans le cadre du projet du parc des Coteaux. Dans les faits, il n’est pas toujours évident de maintenir ces manières d’être et d’agir. Les échecs, les tensions sociales et la pluralité des démarches à mener dans le cadre du développement du projet du parc des Coteaux ont régulièrement affaibli mon attention de sollicitude portée envers les autres, voire parfois envers moi-même. La dynamique coopérative et mutualiste constitue tout autant la richesse et la fragilité du processus de gestion jardinière des paysages. Cependant, malgré la fragilité de cette dynamique, il s’agit de veiller à la faire perdurer dans le temps et dans les lieux. Le projet de paysage ne s’achève pas au moment de la livraison du chantier ou du rendu des livrables liés à la fin d’une étude paysagère. Il prend corps dans la durée à court, moyen et long terme. L’enjeu est d’être en capacité d’animer le projet de paysage en prenant conscience de la diversité des temporalités, des échelles d’action et des dynamiques sociales, écologiques, spatiales, politiques et économiques à l’œuvre. Il s’agit de faire en sorte que les choix effectués et les décisions prises s’ancrent dans une visée éthique paysagère éclairée et intégratrice. Cette gestion jardinière des paysages revêt un caractère politique et éthique affirmé : une gestion partagée et bienveillante envers les dynamiques paysagères et la pluralité d’acteurs qui y sont liés. Elle est déclinable dans de multiples champs de la pratique paysagiste et/ou paysagère.

Notes

[1] De juillet 2015 à juillet 2018.

[2] Les termes « rive gauche » et « rive droite » sont couramment employés par les habitants de la métropole de Bordeaux pour distinguer les territoires situés de part et d’autre de la Garonne. Les quatres communes composant le Grand Projet des Villes Rive Droite sont Bassens, Lormont, Cenon et Floirac.

[3] De 2013 à 2015, j’ai travaillé en tant que paysagiste indépendant sur le parcLAB.

Détails

Date :
8 novembre 2019
Catégorie d’Évènement:
Étiquettes Évènement :

Lieu

Maison des Suds
12 Esplanade des Antilles
PESSAC, 33600 France
Site Web :
https://www.passages.cnrs.fr

Organisateur

UMR 5319 Passages
Site Web :
https://www.passages.cnrs.fr