Application des théories de la complexité à la planification et à la gestion de
l’espace des campus universitaires. L’exemple du campus bordelais (Talence-
Pessac-Gradignan)

Membres du Jury

Mme LAURENCE FEVEILE, MCF HDR émérite, EC ARCHITEC PARIS-VAL DE SEINE – ENSAPVS
M. JAC FOL, Professeur HDR, ENSA Paris-Malaquais
M. ANDRÉ LORTIE, Professeur d’architecture, ENSA Paris-Belleville
M. DAVID MIET, Expert invité,
Mme CLAIRE PARIN, Professeur émérite, ECOLE ARCHITECTURE ET PAYSAGE BORDEAUX
M. GILLES PINSON, Professeur des Universités, UNIVERSITÉ DE BORDEAUX

 

Résumé

La thèse part du constat que la révolution numérique qui bouleverse les modes d’apprentissage et de transmission des connaissances dans l’enseignement supérieur, impacte de manière significative l’organisation spatiale des institutions universitaires dans le monde. Dans ces territoires d’innovation et de communication intense, le système de planification spatiale continue de se référer à des schémas et des plans directeurs dont la rigidité ne permet pas d’intégrer en temps réel, les évolutions en matière de pratique universitaire et de faire évoluer les structures physiques en conséquence.

Se situant dans une perspective d’aménagement et de planification urbaine, la recherche interroge les outils qui régissent actuellement l’aménagement de l’espace universitaire dans le monde, en accordant une attention particulière aux tentatives d’actualiser les modes de gestion de l’espace qui s’appuient sur les avancées dans le domaine des sciences de la communication et de l’information et leur application à la gestion des systèmes complexes. La recherche se donne ainsi pour objet d’explorer en quoi une application des théories de la complexité à l’univers des campus permettrait d’adapter leur système de planification et de gestion à l’imprévisibilité des bouleversements en cours, tout en autorisant l’adaptation continue des structures physiques à ces évolutions.

Ainsi, dans un premier temps, après avoir explicité la genèse et la teneur des principales théories de la complexité dans le champ scientifique, la recherche explore les modalités de leur diffusion dés les années soixante dans le champ de la planification urbaine et l’émergence progressive de « théories de la complexité urbaine » (complexity theories of cities).

Dans ce contexte, l’architecte, physicien et mathématicien Christopher Alexander apparaît comme la figure pionnière de la transposition des connaissances théoriques issues de la compréhension des systèmes complexes aux domaines de la conception et de l’aménagement de l’espace. Si ses idées s’inscrivent dans la continuité de celles de l’essayiste et activiste Jane Jacobs, qui dés 1961 plaide pour que la planification urbaine soit assimilée à une science de la complexité, Alexander apporte pour la première fois des réponses opérationnelles à l’aménagement de l’espace approché comme système de complexité. La recherche montre que si la pensée et la pratique d’Alexander évoluent au fil de différents projets expérimentaux menés avec le Centre for Environmental Structure de Berkeley, sa réflexion reste sous-tendue par le concept de totalité selon lequel le « tout est plus que la somme des parties ».

Une seconde étape de la réflexion aborde la question de l’aménagement de l’espace universitaire comme système complexe, à partir d’une étude approfondie de la démarche expérimentale mise en œuvre par Christopher Alexander sur le campus d’Eugene en Oregon en 1974. Connue comme The Oregon Experiment, cette démarche est la première à préconiser que la planification et la construction doivent obéir à un processus permettant l’émergence progressive de la totalité à partir d’interventions locales. Cette expérience conduira à la mise en place d’un système de planification, qui au lieu de se référer à une image fixe telle qu’un schéma directeur, prend la forme d’un protocole permettant de prendre des décisions d’aménagement à l’intérieur d’un ensemble de principes d’organisation spatiale et de modèles de conception (patterns). 40 ans après sa mise en place, ce protocole reste au cœur du système de planification du campus d’Eugene et continue à guider sa croissance spatiale.

Ce modèle de planification de l’espace universitaire est ensuite croisé à celui qui, sur la même période de temps, a régi l’aménagement des campus universitaires en France, en prenant comme exemple le campus universitaire Talence-Pessac-Gradignan (TPG) en Gironde. L’étude des schémas directeurs successifs qui ont rythmé l’évolution de ce campus depuis sa création débouche sur une photographie dans le temps du processus de gestion de l’aménagement et des outils de représentation mobilisés.

Le croisement de ces deux modèles de planification irréductibles l’un à l’autre, permet d’expliciter comment sur une même période de temps, chaque institution universitaire est parvenue à gérer l’aménagement de son campus en faisant appel à des processus de planification fondamentalement différents. La recherche montre que le protocole de planification initié par Christopher Alexander sur le campus d’Eugène a introduit un réseau de relations complexes entre des figures abstraites (les principes et les patterns) et des dispositifs concrets (les plans thématiques et sectoriels), permettant d’orchestrer des actions de croissance incrémentales de l’espace. La planification par schéma directeur mise en œuvre sur le campus TPG apparait quant à elle comme une approche réductionniste qui après avoir cloisonné les enjeux d’aménagement dans le cadre d’un diagnostic thématique, propose une projection fixe de la configuration spatiale du campus, identifiant les actions de croissance ad-hoc permettant d’y parvenir dans des temporalités précises. Il apparaît ainsi que dans le cas du campus d’Eugène, la croissance incrémentale est programmée alors que dans le cas du campus TPG, elle est la plupart du temps subie et s’opère par corrections successives au fil des plans directeurs. La recherche révèle également l’importance du « substrat physique » dans le processus de planification de chacun des deux campus. A Eugene, ce substrat clairement identifié guide toutes les actions de construction ou d’aménagement qui en retour sont tenues d’en assurer la préservation et le développement. Sur le campus TPG, ce substrat qui souffre d’un manque de définition de morphologie et d’usages est néanmoins parvenu à se transmettre de plan en plan, avant de prendre un rôle structurant de l’urbanisation dans le dernier schéma directeur en date.

Compte tenu des enjeux liés la révolution numérique et à l’arrivée à maturité des théories de la complexité urbaine, la recherche conclut à la nécessité d’élaborer un cadre de planification et de gestion qui appréhende l’aménagement du campus universitaire comme un système de complexité, en puisant dans les connaissances théoriques issues de la compréhension des systèmes complexes ainsi que dans certains outils mis en œuvre dans le cadre le protocole de planification et de gestion du campus d’Eugene, notamment les principes d’organisation spatiale, les patterns de conception, et le diagnostic.

 

Mots clefs

Aménagement / planification urbaine / théories de la complexité / systèmes complexe / systémique / cybernétique / patterns / schéma directeur / croissance incrémentale.