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Soutenance de travaux HDR Cyrille Marlin

Cyrille Marlin a le plaisir de vous informer de sa présentation de travaux d’HDR intitulée : L’hypothèse du paysagiste habitant. Entre France et Japon, contribution à une théorie de la pratique paysagiste, le mercredi 26 janvier à 10 h,
Amphithéâtre de la Maison des Suds, 12 esplanade des Antilles, Domaine universitaire de Pessac.

Un format hybride est prévu. Si vous souhaitez être auditeur libre, veuillez avertir Cyrille Marlin à l’adresse ci-dessous afin qu’il vous envoie la veille de la soutenance le lien (zoom) qui vous permettra d’accéder à la visio (cyrille.marlin@bordeaux.archi.fr)

Le jury sera composé de :

– Augustin Berque, professeur, EHESS, géographe
– Serge Briffaud, professeur, ENSAP de Bordeaux, historien
– Béatrice Collignon, professeure, Université Bordeaux Montaigne, géographe
– Catherine Grout, professeure, ENSAP de Lille, philosophie esthétique
– Yoshio Nakamura, professeur, Université Tôkyô Kôgyô Daigaku, ingénieur paysagiste
– Pascal Nicolas-Le-Strat, Université Paris 8 Vincennes Saint Denis, sciences de l’éducation
– Philippe Pelletier, professeur, Université Lumière Lyon 2, géographe

L’hypothèse du paysagiste habitant. Entre France et Japon, contribution à une théorie de la pratique paysagiste

Résumé :
Ce dossier d’habilitation à diriger des recherches (HDR) est organisé en deux temps, conformément aux dernières recommandations de la section 23 « Géographie physique, humaine, économique et régionale » du Conseil national des universités.
Le volume 1 est un texte original qui a pour vocation d’apporter une contribution à la théorisation d’une pratique dont le rôle pour la société est en pleine évolution en France depuis quelques décennies : celle de paysagiste. Un questionnement sur le sens de l’utilisation de la notion de paysage par ces professionnels de l’aménagement me permet de différencier les grandes composantes implicites du plan de pensée qui orientent leur action. Une étude approfondie de pratiques paysagistes et recherches théoriques sur le paysage au Japon m’aide à mettre en évidence deux grandes tendances difficilement conciliables entre lesquelles de multiples variations d’approches se sont développées depuis la naissance des écoles de paysages en France dans les années 1970. Il y aurait pour le paysagiste un choix pratique possible entre une action sur/par le paysage, plus ou moins empreinte de modernité, et une action qui serait pour ainsi dire véritablement « paysagère » et qui tendrait à s’en dégager fondamentalement. La première constitue l’ordinaire de la pratique. La deuxième que je positionne comme préférable ne fait qu’émerger aujourd’hui.
C’est le rapprochement que les paysagistes Nakamura Yoshio et Tanaka Naoto font entre un plan sémantique singulier du paysage (fûkei, fûdo, fûbutsu) et la notion de lieu ba en japonais — aux contours bien différents des sens auxquels renvoie la notion de lieu en géographie, qui m’incite à mettre à plat ce qui différencie en nature les fondements conceptuels de ces deux grandes voies d’action. Plus avant, cela me donne une occasion d’éclaircir les conditions de possibilité de réaliser la seconde en pratique. C’est cela que j’appelle «  l’hypothèse du paysagiste habitant ».
Mes investigations pour cerner et différencier cette manière potentielle d’aborder l’action paysagiste, au cours desquelles je convoque à la fois des débats théoriques qui ont cours dans les sciences sociales et des méthodes de terrain développées dans certaines disciplines (en sociologie, ethnologie et géographie), m’entrainent progressivement dans une construction théorique plus générale. Un outillage critique prend forme qui peut servir à cerner et différencier les pratiques paysagistes. Ceci sur la base d’une articulation implicite entre trois grands présupposés qui les fondent : une idée particulière du paysage, une idée particulière du social et une idée particulière du futur.
Le volume 2 est constitué de mon curriculum vitae détaillé et d’une sélection de publications représentative de ma pratique d’enseignant-chercheur.
Il rend compte d’un itinéraire construit à la lisière de disciplines universitaires et de l’exercice professionnel de paysagiste, initialement structuré par une double formation d’architecte et de paysagiste, puis par une formation universitaire de géographe à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et un long séjour à l’université de Tokyo. J’ai progressivement appris à transformer en support de questionnements de recherche une expérience professionnelle de longue durée, au cours de laquelle j’ai cherché à explorer des facettes et contextes très diversifiés de l’action paysagiste mais aussi des conditions matérielles et sociales de leur exercice, pour problématiser dans une démarche réflexive l’action en matière de paysage. Sur ce sentier, j’ai suivi les traces de paysagistes et chercheurs français et japonais – B. Lassus, Y. Nakamura, G. Clément – qui m’ont aidé à apprécier les difficultés et écueils épistémologiques qu’induisait le passage délicat des modes de penser de la pratique paysagiste à ceux de la recherche et inversement.
De manière plus générale, la double position de paysagiste et de chercheur m’a permis d’apprécier l’évolution des modalités de construction du savoir en matière de paysage en sciences sociales et les conditions de leur utilisation dans le domaine de l’aménagement et de la planification, non seulement du point de vue du paysagiste mais aussi de celui des politiques publiques du paysage. Ces dernières se sont développées largement depuis la Loi paysage de 1995 et la Convention européennes des paysages adopté par le Conseil de l’Europe au tournant des années 2000. Elles ont largement contribué à instituer de nouveaux contextes d’exercice pour le paysagiste en les diversifiant.
Cette double position m’a en outre permis d’apprécier une certaine évolution du rapport des paysagistes aux démarches et méthodes scientifiques depuis deux décennies. Le développement encore embryonnaire d’approches théoriques de la pratique, la montée en puissance de l’apprentissage de la recherche dans les formations françaises encouragent les jeunes paysagistes à s’engager de plus en plus nombreux dans des cycles doctoraux. La plupart revendiquent des interfaces entre leurs approches de terrain et les méthodes et présupposés théoriques de disciplines qui de près ou de loin abordent les dimensions sociales du paysage à travers une approche méthodique du terrain : la géographie, l’ethnologie et la sociologie. Les rapports de la pratique paysagiste à la construction des savoirs semblent se déplacer sous cette influence des sciences sociales. Et ce mouvement, en permettant une réflexivité quant aux fondements théoriques et méthodologiques de l’exercice paysagiste, ouvre de nouvelles voies pratiques qu’il s’agit d’explorer.

Mots clés : idée de paysage ; paysagistes ; habitant ; habitant-paysagiste ; paysagiste habitant ; pratiques paysagères ; idée de jardin ; site et situation ; projet de paysage ; logique d’action paysagiste ; aménagement ; expérience ordinaire ; Japon ; ba (le lieu) ; fûkei (le paysage, la scène) ; fûdo (le milieu humain), observation participante ; observation directe ; politiques publiques du paysage ; interaction médiale ; personnage médial ; regroupement médial ; comportement-jardin ; idée de social ; idée de futur

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