La Guyane dans un contre-atlas

« Est-ce une bonne affaire, ce bout de territoire français en Amazonie ? On ne pose pas la question aux ingénieurs de Kourou mais à nous tous, qui connaissons ou non la Guyane. D’ailleurs, peut-on réellement savoir ce qui s’y passe ? La preuve par un atlas « critique ».

Un contre-atlas, donc. L’ambition est donnée par deux mousquetaires du CNRS qui ont convaincu plus de 80 cartographes, sociologues, historiens, anthropologues, géographes, archéologues, ethnobotanistes, linguistes, etc. de les suivre dans une aventure éditoriale inédite en géographie : «remobiliser les cartes existantes pour les commenter». En ajoutant des cartes inédites lorsque cela s’impose. Il faut interroger «la performativité des cartes», déconstruire et reconstruire. Prenant exemple sur la fameuse exposition du Centre Pompidou («Cartes et figures de la Terre», 1980), l’atlas est organisé autour de la fabrique des cartes (confiner, délimiter, détecter, collecter, nommer), de leurs usages (mesurer, planifier, révéler, figer, relier). Autant de gestes qui conduisent aux entrées thématiques comme la frontière, le littoral, la forêt, les circulations, l’orpaillage, la toponymie, l’urbanisme, la géopolitique, la santé… Un inventaire à la Prévert nécessaire pour comprendre, ensuite, les enjeux du pouvoir, les cartes comme un discours, en contestant «la naturalité et l’innocence apparente du monde tel qu’il est donné par les cartes passées et présentes».

Atlas critique de la Guyane sous la direction de Matthieu Noucher et Laurent Polidori

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